mercredi 28 novembre 2007
Grogne étudiante : la situation se débloque doucement
Troisième semaine de grève dans certaines universités dénonçant la LRU. Les lycéens sont entrés dans la danse la semaine dernière tandis que les étudiants ont perdu certains opposants de la première heure ce week-end. Censier, un des sites bloqués, vote demain à bulletins secrets. Des présages de la sortie du conflit ?
« Et qu’est-ce qu’on veut ? – L’abrogation ! – De quoi ? –La LRU ! ». Sur le parvis de La Sorbonne Nouvelle-Censier (Paris III) mardi après-midi, une cinquantaine d’étudiants scandait ces phrases à l’initiative d’un meneur qui hurlait dans un haut-parleur : « Censier, vous êtes là ? » Ils étaient rassemblés contre la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) rebaptisée sur une banderole « Loi de la Ruine des Universités ».
A 16h, le cortège quittait le parvis pour rejoindre la manifestation Place de la République.
Celle-ci se passait en marge de la rencontre entre cinq syndicats étudiants et la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse. Certains manifestants affirmaient hier : « pas de négociations sans abrogation » ; pourtant l’UNEF, principal syndicat étudiant, a appelé à calmer le jeu et donnera des directives dans les 24 heures.
Son président, Bruno Julliard, s’est dit satisfait de la rencontre, faisant état d’« avancées importantes ».
C’est la première fois qu’on parle d’ « avancées » depuis le début du mouvement. Le 15 novembre, une rencontre entre les mêmes acteurs avait été jugée « pas concluante » par Julliard et le mouvement de grève avait été relancé.
La LRU, promulguée le 10 août dernier, cause des remous depuis le début du mois. L’opposition de gauche avait rejeté ce projet de loi. On retrouve aujourd’hui cette position chez les syndicats étudiants qui s’y opposent. Plus qu’un conflit social, la bataille contre la LRU exprime un désaccord politique.
Visant à généraliser l’autonomie budgétaire et la gestion des ressources humaines à toutes les universités d’ici cinq ans, la LRU doit améliorer la gouvernance des universités en ramenant les conseils d’administration de 60 à 30 membres et renforcer le pouvoir du président de l’université.
Or, elle suscite des craintes, relayées dans les assemblées générales. Les opposants à la LRU redoutent un désengagement de l’Etat dans l’Enseignement supérieur, une sélection stricte à l’entrée, une hausse des frais d’inscription, la suppression de filières peu « rentables » pour des secteurs du privé et des universités à deux vitesses à cause de financements inégaux.
Face à ces craintes, la mobilisation tient. Elle s’appuie sur des blocages d’universités, ce qui n’est pas sans rappeler l’épisode du CPE. A Paris III, les étudiants n’ont d’ailleurs rien changé au slogan de 2006 si ce n’est trois lettres, « LRU » qui remplacent « CPE ».
Même chose aux AG : le vote à mains levées a souvent raison des antiblocage. En revanche, les lycéens ont rejoint le mouvement très tôt cette fois-ci.
Cependant il semble que le mouvement anti-LRU perde en unité. Bien qu’ayant l’appui des lycéens, il perd celui de certains étudiants. A Lille, le week-end dernier, où se tenait une coordination étudiante, certains délégués de l’UNEF ont claqué la porte ; une cinquantaine a lâché le mouvement. Au sein des universités, le mouvement antiblocage prend de l’ampleur.
Par exemple, Censier va bénéficier d’un vote à bulletins secrets. Dans le hall, les étages, au restaurant universitaire, une affiche appelle à voter. Le président de l’université, Bernard Bosredon, a fait parvenir un courrier à ses étudiants, rappelant que « l’assemblée générale des étudiants qui s’est tenue le 22 novembre (…) a décidé de reconduire le blocage (…) par un vote à mains levées » ne permettant pas « l’expression de l’opinion de l’ensemble des étudiants inscrits à Paris 3 ». C’est pourquoi il a décidé « d’organiser, pour l’ensemble des étudiants de la Sorbonne Nouvelle, un vote à bulletins secrets» qui aura lieu jeudi 29 novembre entre 9 et 17h.
Une perspective de déblocage s’ouvre grâce à cette décision, à condition que les étudiants votent en masse. Lors du blocage du site contre le CPE en 2006, Paris III n’avait pas bénéficié de ce type de décision : il avait fallu attendre cinq semaines pour que le déblocage soit voté en AG. Les antiblocage ont une chance de se faire entendre, certes, sans haut-parleur et sans banderoles, mais de manière efficace.
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